Les différences entre le Coréen et le Japonais

Coréen
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Suite à mon changement de destination pour la Corée du Sud (pour plus d’informations À propos de moi et mon expérience avec le Coronavirus), j’ai commencé à apprendre le coréen tous les jours pour avoir des bases le plus rapidement possible.

Avant ça, j’ai passé presque 4 ans à apprendre le japonais ce qui m’a permis d’obtenir un niveau avoisinant le N2.

Pendant mon apprentissage du coréen, je n’arrête pas de comparer avec le japonais. Les similitudes et les différences me fascinent et c’est de ça dont je vais vous parler aujourd’hui.

Alphabet

Les alphabets utilisés dans les pays asiatiques sont très différents de l’alphabet latin. En général, il est très difficile de retranscrire la langue dans l’alphabet latin. Mais alors quels alphabets utilisent la Corée et le Japon ?

Le Japon utilise un alphabet appelé Kana tandis que la Corée utilise le Hangul. À noter que le Japon utilise aussi en grande partie les kanjis qui sont les caractères chinois, mais comme ils sont d’origine chinoise, je ne les considère pas dans cet article comme faisant partie de l’alphabet japonais.

Kana (かな)

Les kanas sont un système d’écriture syllabique, c’est-à-dire que chaque « lettre » correspond à une syllabe.

Ils sont divisés en deux catégories :

  • Les hiraganas (あ い う え お か き く け こ…)
  • Les katakanas (ア イ ウ エ オ カ キ ク ケ コ…)

Ces deux alphabets couvrent les même syllabes. La différence réside dans leur utilisation.

Les hiraganas seront utilisés pour les mots japonais, tandis que les katakanas seront en majorité utilisés pour écrire les mots étrangers.

Exemple :

Eau en japonais se dit : みず (mizu). Comme c’est un mot japonais, il s’écrit en hiragana.

Mais on peut aussi dire : ウオーター (uota) qui est la prononciation japonaise du mot anglais water. Comme c’est un mot étranger, il s’écrit en katakana.

Voici d’autres exemples de mots étrangers dans la langue japonaise :

JaponaisAnglaisFrançais
テーブルtabletable
フォークforkfourchette
クラウドソーシングcrowdsourcingproduction participative
グラスglassverre
ワインwinevin

Revenons sur la différence entre les hiraganas et katakanas :

Prenons le mot « corps » qui se dit en japonais « karada ».

Hiraganaからだ
Katakanaカラダ

Comme vous pouvez le voir, les deux couvrent les mêmes syllabes mais s’écrivent différemment. Tout de même, on reconnaît une similitude entre les deux écritures. Les hiraganas se caractérisent par des courbes tandis que les katakanas se caractérisent par des bâtons et des traits nets. Pour les Japonais, les katakanas sont plus faciles et rapides à écrire et sont utilisés par exemple pour prendre des notes en cours.

Le japonais moderne compte 46 hiraganas et 46 katakanas.

Hangul (한글)

Le Hangul comprend 40 lettres :

  • 14 consonnes de base
  • 5 consonnes doubles
  • 10 voyelles de base
  • 11 voyelles composées

Comme les consonnes doubles et les voyelles composées sont formées à partir de consonnes et voyelles de base, on dit souvent que l’alphabet coréen possède 24 lettres. Mais les consonnes doubles et voyelles composées produisent des sons différents et sont considérés dans l’écriture coréenne comme des lettres à part entière, donc 40 correspond mieux à la réalité. Tout dépend du point de vue.

À la différence des kanas, le Hangul est un alphabet composé de lettres et non pas de syllabes. Il se rapproche donc plus de l’alphabet latin sur ce domaine. 

Sa particularité est la manière dont sont agencés les lettres dans une phrase. Les lettres sont groupées entre elles pour former des syllabes. Chaque groupement peut avoir entre 2 et 4 lettres (la plupart du temps 2 ou 3) avec obligatoirement une voyelle et une consonne au minimum.

Regardons le mot « langue coréenne » 한국어 (hanguk-oh)

Il est composé de 3 regroupements de lettres :

Premier groupe : 한 formé des lettres ㅎ, ㅏ et ㄴ

Deuxième groupe : 국 formé des lettres ㄱ, ㅜ et ㄱ

Dernier groupe : 어 formé des lettres ㅇ, ㅓ

Quand on regarde de loin, on a l’impression de voir des caractères chinois. Effectivement, le système d’écriture ayant été inventé en 1443 quand les caractères chinois étaient la norme, l’alphabet cherchait simplement à correspondre à la prononciation coréenne de ces dernier. Cela qui explique la manière d’écrire la langue. De plus, en Corée, jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, les caractères chinois appelés hanja étaient très utilisés. Ce qui nous amène à la section suivante 😉

Les caractères chinois

Aussi bien en Corée qu’au Japon, la langue chinoise et les caractères chinois ont été utilisés. Par contre, chacun a évolué différemment et c’est sur quoi nous allons nous pencher dans section.

Kanji (漢字)

Les Kanji, signifiant littéralement caractères chinois, sont partie intégrante de la langue écrite japonaise. Plus vous en utilisez et plus vous montrez que vous avez une bonne éducation. Ça impacte aussi le niveau de politesse. Par exemple, dans mon travail, je dois converser par mail avec des clients japonais. Dans ces mails, je dois avoir le plus de kanjis possible dans une phrase pour montrer une bonne image à mon interlocuteur.

Les kanjis sont utilisés depuis très longtemps au Japon et le Japon a su se les approprier. C’est-à-dire que certains kanjis peuvent différer de leur équivalent chinois car le caractère a changé au fil du temps au Japon. En effet, les kanjis ont traversés des réformes qui ont fait évoluer la manière d’écrire les caractères. Tout comme les caractères chinois qui possède une écriture traditionnelle et simplifiée.

Pour lire le japonais, il faut connaître environ 2100 kanjis. Ça vous permettra de lire n’importe quelle œuvre ou journal sans soucis. Je connais environ 1500 kanjis et il m’est déjà possible de lire un large éventail de contenu dans son intégralité, bien que je ne puisse parfois pas lire certains mots.

Une particularité des kanjis au Japon c’est qu’ils possèdent chacun en général plusieurs prononciations. Majoritairement, une prononciation d’origine japonaise appelé kun’yomi et une prononciation d’origine chinoise appelé on’yomi. 

Cela complique l’apprentissage des kanjis et il est commun de comprendre le sens de la phrase mais de ne pas pouvoir la prononcer faute de ne pas être sûr de la prononciation dans le contexte rencontré. 

Certains kanjis ne possèdent qu’une prononciation d’origine japonaise et d’autres possèdent plusieurs prononciations japonaises ainsi que chinoises ! Ceux-là sont souvent très durs à assimiler et malheureusement sont en même temps ceux qu’on rencontre très souvent. 

Malgré tout, il existe en général une prononciation d’origine japonaise courante et une prononciation d’origine chinoise courante. Les autres prononciations sont plus rares.

Voici quelques exemples de kanjis avec leur prononciation on’yomi et kun’yomi :

KanjiOn’yomi (chinoise)Kun’yomi (japonaise)
水 (eau)すい (sui)みず (mizu)
木 (arbre)もく (moku)き (ki)
山 (montagne)さん (san)やま (yama)
中 (intérieur, milieu)ちゅう (chuu)なか (naka)
物 (chose)ぶつ (butsu)もの (mono)
雷 (tonnerre)らい (rai)かみなり (kaminari)

Hanja (한자)

Contrairement au Japon, la Corée du Sud a quasiment abandonné les caractères chinois après la seconde guerre mondiale, au profit du Hangul.

Les hanja sont les caractères chinois de langue chinoise actuelle. À l’inverse des kanjis qui ont évolué au cours du temps et sont devenus des caractères à part entière de la langue japonaise, les hanja n’ont pas évolué. C’est pourquoi les hanja sont presque en intégralité des caractères du chinois traditionnel.

Jusqu’au 20ᵉ siècle, les hanja étaient utilisés dans tous les écrits. Donc si vous voulez lire un livre de 1920, il faut pouvoir lire les hanja. Cela faisait que les coréens pouvait lire les livres en chinois traditionnel. 

La différence réside dans la prononciation de ces caractères chinois. Comme en chinois et contrairement au japonais, un caractère possède en général une prononciation unique. D’ailleurs la prononciation des caractères en coréen reste proche de celle du chinois jusqu’à un certain point. Contrairement au chinois, en coréen, il n’y a pas de tonalité, ce qui implique beaucoup d’homophones. En effet, alors qu’en coréen, plusieurs mots se prononcent exactement de la même manière, en chinois, l’ajout de la tonalité va les différencier. Cela peut mener parfois à des incompréhensions en coréen car on ne sait pas quel mot choisir lorsqu’on entend une certaine prononciation.

C’est la raison pour laquelle, les hanja sont utilisés parfois pour enlever l’ambiguïté. On peut encore retrouver ça parfois dans les gros titres de certains journaux.

Actuellement les hanja peuvent se trouver :

  • Dans les noms. Un coréen a toujours son nom en Hangul ainsi que l’équivalent en hanja.
  • En Marketing. Quelques marques utilisent les hanja pour leur aspect visuel ainsi que pour le sens imagé qu’ils peuvent apporter aux valeurs de l’entreprise ou du produit en lui-même.
  • Dans les rues. De nombreux panneaux utilisent encore les hanja pour enlever toute ambiguïté et s’assurer de la compréhension du lecteur.

Un coréen lambda ne maîtrise que très peu de hanja et bien entendu les plus simples.

Pourtant l’apprentissage des hanja est toujours obligatoire en Corée mais seulement au collège et au lycée et sont appris séparément du cours de coréen standard qui lui, est fait en Hangul.

Au total, c’est 1800 hanja qu’un étudiant apprend pendant son cursus scolaire jusqu’à ses 18 ans.

Si vous vous procurez un dictionnaire coréen, vous aurez le mot en hangul et son équivalent en hanja. À noter que tous les mots n’ont pas d’équivalent hanja (un peu plus de la moitié des mots en coréens possède un équivalent en hanja). 

Étant donné que la prononciation coréenne des hanja se rapproche de celle en chinois, on remarque que la prononciation coréenne des caractères chinois est très similaire à la prononciation on’yomi dans la langue japonaise. En voici quelques exemples :

Hanja/KanjiCoréenJaponais on’yomi
山 (montagne)산 (san)さん (san)
門 (porte)문 (mun)もん (mon)
口 (bouche)구 (ku)こう (kou)
小 (petit)소 (so)しょう (shou)

Utilisation des particules

Les particules sont une partie fondamentale de la grammaire japonaise et coréenne. Ce qui facilite l’apprentissage lorsqu’on connaît l’autre langue.

Par exemple, lorsque je souhaite indiquer l’objet du verbe, qu’on appelle Complément d’Objet Direct en français (COD), en japonais on ajoute la particule を à la fin de l’objet. En coréen le principe est le même, on ajoute 을 ou 를 à la fin de l’objet.

Exemple :

J’ouvre la porte.

Dans cette phrase, la porte est l’objet du verbe ouvrir. J’ouvre quoi ? La porte. C’est donc bien le COD du verbe ouvrir.

En japonais, on l’écrit donc

ドアを開きます (doa wo akimasu)

ドア = porte

開きます = j’ouvre

Dans la même idée, en coréen :

문을 열어 (mun-eul yeoleo)

문 = porte

열어 = j’ouvre

Pour plus d’informations sur les particules, vous trouverez plein de sites internets qui vous expliqueront clairement leurs rôles et leurs spécificités.

Voici un petit récapitulatif des particules en japonais et en coréen :

Fonction dans la phraseJaponaisCoréen
Sujet de la phraseは (wa)~은/는 (eun/neun)
Sujet du verbeが (ga)~이/가 (i/ga)
Objet du verbeを/が (wo/ga)~을/를 (eul/reul)
Positionに (ni)~에 (è)
Directionへ (he)~에 (è)
Action à une positionで (de)~에서 (èseo)

Pour la position, la direction et l’action à une position, les particules ~에 et ~에서 ont des nuances à prendre en compte mais pour simplifier et généraliser, les correspondances avec les particules japonaises sont comme indiqué dans le tableau.

Les mots presque identiques dans chaque langue

Pendant mon immersion en coréen, je me suis rendu compte que je comprenais certains mots car leur prononciation en coréen était très similaire à la prononciation en japonais. Cela vient du fait, comme expliqué dans la partie des caractères chinois, que le coréen se rapproche de la prononciation chinoise et le japonais utilise beaucoup le on’yomi.

SignificationJaponaisCoréen
Sac鞄(かばん)- kaban가방 – kabang
Thé茶(ちゃ)- cha차 – cha
Faire de l’exercice運動する(うんどうする)- undou suru운동하다 – undong hada
Temps時間(じかん)- jikan시간 – shikan
Remercier感謝する(かんしゃする)- kansha suru감사하다 – kamsa hada
Dix mille万(まん)- man만 – man
Humeur, état d’esprit気分(きぶん)- kibun기분 – kibun
Mémoire, souvenir記憶(きおく)- kioku기억 – kiok
Poison毒(どく)- doku독 – dok

De la même manière en japonais qu’en coréen, pour transformer un nom en verbe, on lui ajoute する (suru) en japonais et 하다 (hada) en coréen qui signifie « faire ».

Conclusion

La Corée et le Japon sont des pays très proches géographiquement et qui partagent une partie de leur histoire. Il était donc intéressant de se pencher sur les différences et les similitudes entre la langue coréenne et la langue japonaise.

Globalement, le japonais et le coréen sont très différents, mais ils partagent certaines similitudes s’expliquant par la forte influence du chinois dans ces deux pays à travers l’histoire.

Etant difficile de comparer en détails le japonais et le coréen en un seul article. Il y aura probablement d’autres articles dans un futur proche.

Alexandre
Alexandre

以上、see you next time

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